Realismo magico e fantastico
Gianfranco Scotti : présentation de l'exposition Pierre Queloz et Achille Zoccola.
Lecco It., Torre Viscontea. Décembre 2010 - janvier 2011

La peinture visionnaire a une longue tradition dans l’histoire de l’art. C’est un genre de repré-sentation théâtrale jouée par l’esprit, un théâtre du merveilleux qui fait interférer réalité et merveilleux, dans un tourbillon fascinant mais aussi inquiétant, matérialisation d’aspects de tempéraments oppressants, pulsions mystérieuses qui semblent surgir de l’inconscient, peut-être de la peur, mais probablement d’une volonté d’exorciser de vieilles blessures de l’âme jamais cicatrisées. On est tenté d’approcher l’œuvre de Queloz et celle des protagonistes ma-jeurs du surréalisme européen : Dali, Savinio et Delvaux, ce dernier, chantre de l’érotisme, a beaucoup de points communs avec la peinture de Queloz. Mais comment ne pas penser aux cauchemars nocturnes de Füssli, ou à Goya et à ses visions fantastiques des grands boule-versements : les guerres, la misère, la faim, la haine, la peur ? André Breton écrit que « Le sur-réalisme est un automatisme psychique pur qui propose d’expérimenter verbalement, par l’écrit ou de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée ; et la dictée de la pen-sée en l’absence de tout contrôle de la raison, au-delà de toute préoccupation esthétique ou morale ». Et, Breton toujours, dans son célèbre « Manifeste du surréalisme » : « Le merveilleux est toujours beau. N’importe quel merveilleux est beau… Il n’y a même que le merveilleux qui soit beau. » L’art de Queloz est sous le signe du merveilleux, ses tableaux sont peuplés de fi-gures animales et humaines imposées au spectateur par une surprenante dynamique, corps qui nous semblent se mouvoir en séquences bien délimitées sur la toile.

 

Queloz confesse la profonde influence exercée sur sa peinture par les grands maîtres de la Renaissance italienne, de Bellini à Botticelli et Titien ; cette influence l’a porté à « revisiter » des célèbres oeuvres de cette époque, mais dans une atmosphère décidément surréaliste. Bien des peintures de Queloz flirtent avec le langage de Dali, peut-être le plus fantasmagorique des peintres surréalistes, doué d’une imagination complexe et jouant sur des insistances pa-roxystiques, rendues avec une incroyable habilité technique. Queloz lui-même nous révèle qu’il fut conquis dès l’adolescence par certaines compositions de Dali, et par sa capacité à dessiner un objet ou un personnage qui représente, dans le même temps, deux choses dif-férentes. Dans chaque œuvre de Queloz prime l’énigme, l’onirique, le monstrueux, l’ambiguïté, tout un monde qui semble émerger des profondeurs les plus insondables de l’âme humaine, angoisses qui assument les formes d’un surréalisme inquiétant, qui se matérialisent avec une insistance qui laisse entrevoir une obsession compulsive, peut-être des visions qui ont trait au vécu le plus intime et caché de l’artiste qui tire aussi l’inspiration de ses œuvres dans les tex-tes philosophiques, mythologiques et policiers qu’il aime entendre lire par Lysiane, son

épouse, alors que concentré il peint. La peinture de Queloz surgit impétueuse de son pinceau, presque dictée par une entité qui guide sa main. Lui-même confesse ne jamais se préoccu-per de savoir ce qu’il peint. Sa peinture, dit-il, est une continuelle métamorphose, et ses com-positions sont le produit d’une incessante évolution «in corso d’opera». Et cela, affirme Queloz, parce que la réalité et l’imagination cohabitent en lui ; c’est ainsi que sa peinture peut être définie comme poétique et fantastique. Le dualisme qui nourrit chaque peinture, l’ambiguïté, l’ambivalence, nous les retrouvons aussi dans la superposition des références à l’art antique et contemporain, dans un jeu de miroirs sans fin, exactement comme ses figures inquiétan-tes qui semblent venir de mondes lointains, d’évocations médiumniques, qui concernent aussi bien l’humain que le supraterrestre ; dans ce mélange on trouve, à mon avis, le sens le plus authentique du message poétique de Queloz. Son surréalisme est en parfait accord avec la leçon des grands maîtres de ce mouvement. Dali écrivait que « à la base d’un processus clairement paranoïaque il est possible d’obtenir une image double, c’est la représentation d’un objet qui, sans la moindre modification figurative ou anatomique, est dans le même temps la représentation d’un autre objet totalement différent (…) Le résultat d’une telle image est possible grâce à la violence de la pensée paranoïaque, qui s’est servie, avec astuce et ad-resse, de la quantité nécessaire de prétextes, coïncidences etc., profitant d’ouvrir la deuxième image, qui dans ce cas prend la place de l’idée obsessionnelle. L’image double, dont l’exemple peut être en même temps l’image d’un cheval et celle d’une femme ; on peut prolonger, en continuant le processus paranoïaque, l’existence d’une autre idée obsessionnelle étant alors suffisante pour qu’apparaisse une troisième image (l’image d’un lion, par exemple) et ainsi de suite jusqu’à concurrence d’un nombre d’images limitées seulement par le degré de capacité paranoïaque de la pensée ». Cette longue citation me semble éclairer parfaitement le monde poétique et la technique de Queloz. Nous pouvons donc dire que, sans aucun doute, Queloz est un artiste surréaliste, il crée des images qui contredisent l’ordre naturel et social des cho-ses, mettant en confrontation, par exemple, deux réalités qui devraient être inconciliables, nous induisant à croire qu’elles ne sont pas antithétiques entre elles ; de façon à provoquer un violent court-circuit chez le spectateur qui se trouve ainsi projeté dans une ambiance hallucinatoire, de rêve, de cauchemars. Une célèbre phrase de Lautréamont semble parfaite dans ce cas : << Beau comme la rencontre fortuite entre une machine à coudre et un para-pluie sur une table d’opération>>. Lire un tableau de Queloz signifie s’immerger dans un monde aux frontières impénétrables, signifie se laisser transporter dans une dimension in-quiétante, certes, mais dans le même temps réconfortante, la dimension du rêve, qui est une partie essentielle de notre existence. Nous pouvons conclure alors avec les paroles de Nadeau, dans son « Histoire du surréalisme » : (Le surréalisme) n’est pas un moyen d’expres-sion nouveau ou plus facile, ce n’est pas une nouvelle métaphysique de la poésie ; c’est un moyen de libération totale de l’esprit et de tout ce qui lui ressemble ».

 

Gianfranco Scotti

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      Pierre Hugli - Pharts no 43 avril 2003 - Futuro no4 décembre 2003 (traduction en allemand par Donat Grueninger)

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